Du coup pour moi c’est fini, je le trouve pas son caveau et puis je m’en tape, je m'en tape je marche depuis des heures dans ce cimetière de merde, et les éditeurs qui m’avaient chargé de s’occuper de son dossier, les croque-morts du papier derrière leur bureau, et qui m’écrivent pour me parler qu’ils aiment mon travail, les éditeurs chargés de leurs basses œuvres et qui adorent mon travail renoncent à ce projet. Il aiment beaucoup mon travail mais trouvent que ce n’est pas assez romancé, la bonne vieille cursivité comme ils disent, la bonne vieille soupe, c’est ça qu’ils veulent les éditeurs qui aiment mon travail, mais me demande autre chose, parce qu’ils préfèrent publier des choses qu’ils aiment pas, c’est pas bien d’aimer des choses qu’on publie, on m’aime mais c’est pas bien, il faut pas. C’est ça qu’ils disent les éditeurs qui m’avaient contracté pour un tombeau. Je devais lui refaire le tombeau à Mesrine, comme lui refaire le portrait, ou lui refaire une santé, lui mettre un tombeau enfin digne de lui en tout cas, un truc avec tout le cimetière de la pensée autour, eh bien non. La bonne vieille soupe comme ils disent, le bon vieux truc cursif, la bonne branlée cursive, l’incursion cursive dans le roman pour trous du cul, c’est ça qu’ils veulent derrière leur burlingue les éditeurs qui adôôôrent mon travail. Ils veulent pas qu’on leur trou le cul, qu’on leur refasse un trou de balle. Ils veulent juste qu’on nous la mette bien profond la bonne vieille pensée cursive du bon roman à papa, la bonne branlette paternaliste, la bonne pétée au cul cursive, la « cucursivité » comme ils disent, c’est ça qu’on a besoin, c’est ça qu’ils veulent même s’ils adôôôrent mon boulot comme ils disent, franchement ils adorent mais alors là non, ah là non on peut pas là oh là, pas de danger qu’on s’encule ah ça, pas de danger qu’on vous en fasse un par derrière madame, car oui madame, ils marchent en des milliers de pas qui ne mènent nulle part, ils sont dans leur burlingue, ils sont éditeurs et ils sont derrière leur clavier la main sur la bite, ils sont là à se demander pourquoi on voudrait leur en coller une bonne, ah ça, alors qu’eux ils veulent du roman quoi, ils veulent du truc cucursif qui tient bien la route de l’enculade généralisée, le bon truc des familles quoi, ils veulent ça même pour Mesrine, et alors ? ils veulent un enterrement digne et propre, avec des belles allées, ils veulent des fleurs des couronnes, des machins comme d’hab’ quoi, des trucs comme d’hab’ quoi, un bon plan pour se faire chier, c’est ça qu’on veut disent les éditeurs, pour faire bien chier quoi, mais pas faire chier surtout pas, ah non surtout pas donner la chiasse à son petit monde, laisser son petit monde sous la terre oh là, bien enfouis les désirs du petit monde quoi, le petit peuple de nos désirs bien enfoui sous les belles allées, les droites lignes quoi, les pensées rangées tout ça en bouquet garni, et sans coups tordus dedans, pas de coups tordus même pour Mesrine, Mesrine il est mort parmi le petit peuple, le petit peuple tordu Mesrine il est rangé dans la belle famille, le bon roman à papa avec les belles pépées, les papas les pépées mais pas d’enculade dans un cimetière s’il vous plait, pas de sodomie en public s’il vous plait, allez faire ça ailleurs, pas de règlement de compte avec la vérole de l’édition non, pas de compte à rendre avec la petite bière des romans, juste un coup de couteau dans le dos hop, juste un petit coup de canif au contrat hop, juste un petit coup dans mon petit cul serré, viens par ici petit trou d’balle, viens ici petit pédé d’écrivain petit raté, petite merde viens là te faire racler l’cul dans l’édition viens, viens t’en prendre une bonne, on va te publier tu vas voir petit trou de merde, petite chose merdeuse, ta vie c’est pas l’écriture, ta vie c’est l’édition, c’est l’auteur, l’auteur édité, l’auteur petit cul serré pantalon moulant, belle forme de queue bonne plume, la forme le fourreau la petite plume, la bonne plume dans la forme du moment, la belle forme à maman viens, viens te prendre une giclée narrative dans la gueule toi qui veux vivre, vivre c’est écrire, vivre c’est la vie, la vie c’est la violence ah ah, la vie c’est la merde entassée petit trou d’balle, ton deuxième petit trou dans le fion tout serré, c’est toi, c’est toi l’entassé au fond du cul de l’auteur, et l’auteur serre les fesses, l’auteur a bien serré son kiki face à l’édition de mon cul, et l’édition de mon cul a décidé encore une fois de resserrer les kikis, parce que la littérature c’est pas la vie hi hi, la littérature c'est des serrements de kikis, c'est des contrats et des remontages de bretelles, l’édition c’est pas la violence, la violence c’est seulement dans ton cul petite merde déconstruite, a-t-on déjà vu une telle petite merde se déconstruire, a-t-on déjà vu ça, c’est seulement dans ton petit fion que la liberté existe petite merde, c’est seulement dans la merde ratatinée au fond de ta pensée que t’existe, il va te falloir marcher droit maintenant, et marcher droit c’est se prendre des manches mon cher petit, marcher droit dans l'allée de la pensée petite bière, petite mélodie pour mise en bière, on a mis en bière la pensée, on lui a collé un truc où j'pense, viens par ici petite brêle, viens-là t'as voulu arranger qui, le portrait à qui tu veux qu'on arrange, c'est nous qui allons te l’arranger ton portrait d’écrivain, et avec gentillesse, petite tendresse, mon petit tendron, ma tendre et belle tendresse, mon petit tordu tout tendre, je tords ton tendre, petit doucereux, douceur toute petite mon petit bout que je tords, je te retords petit tordu tout tendre, petite chose toute aussi bue, petit bout tout bu et que je te tords tout autant, mon petit tout, ma tendre petite chose, mon tendron ma tendresse toute bue, mon boulot, le boulot est bu, le vin est tiré, viens-là petit timbré que je te tords encore, que j’arrange ton portrait, que je le plie, que je lui pète la face, que je fasse plusieurs faces avec ta propre face, petit tendron tout dodu, tout crapeauté petit dodu tout en peau dans du crapeaud, tout en crapé et crapeautant, tout petit bout de bec, petite bouille viens-là, viens-là que je te bidouille la bouille, petit être bidonnant ah ah, viens-là que je t’en foute une, que je te claque la gueule, et que tu claques du bec petit oiseau de malheur, petit bout de truc, viens là que je te pète en deux, que je te torde le cul petite merde, et que je t’en foute encore une, et puis deux, encore deux, et puis que je t’en foute jusqu’à plus soif, c’est ma tournée, tu vas trinquer petit connard, petit marrant que tu es, tu t’y es cru cinq minutes, cinq minutes tu marchais dans l’allée, il faisait soleil il faisait beau temps, beau temps pour se promener, même s’il pleut je me promène j’ai peur de rien, je me promène dans l’allée ensoleillée, fait beau, du coup j’ai des idées, je vais écrire je vais penser, je pense à un tas de trucs qui pourraient m’arriver dans la tête, toutes ces choses qui m’arrivent et ça fonctionne, la tête fonctionne bien petite pédale, petit trou de fion tu t’y es cru cinq minutes, en cinq minutes t’as refaits le monde, et puis le monde t’a lâché, tout à coup plus rien sous les pieds, plus rien à rétorquer, plus rien à penser tout à coup le grand vide, une bonne pelleté de terre sur ta face, et tu t’es cru encore avoir des choses à dire, mais là plus rien, plus que du vide et te foutre dedans, comme d’hab’ quoi, tu voyais bien la vie dans l’allée, tu sentais bien le présent, le présent immaîtrisable, car le présent est immaîtrisable tu te disais, le présent est immaîtrisable mon cul, la preuve oui la preuve, là tu t’es pris un bon coup dans les mirettes de l’immaîtrisable, le présent immaîtrisable mon cul, le présent inguerrissable mon cul, incontrôlable mon cul, le présent immanquable ah ça oui, ah ça mon cul oui, le présent inencornable ah ça, tu te le répétais à qui mieux-mieux ton présent, ton inencorné il y a à peine cinq minutes, tu pouvais pas deviner le retour de manivelle, la manivelle immaîtrisée dans l’cul tu pouvais pas, voilà tout ce qu’il te fallait aujourd’hui, un bon présent incontrôlable et tout dans l’cul, aujourd’hui tu te disais je voudrais bien vivre l’incontrôlé, et je croiserai une tonne de monde, ouais il est content ce petit monde, ouais les gens ont l’air contents, ouais parfois les gens, parfois non parfois un peu parfois oui beaucoup, beaucoup contents qu'ils sont, le sont-ils ? sont-ils vraiment contents ? tout l'art ne rend pas content non, tout l'art rend pas la vie contente je me disais, tout l'art n'est pas contentement, tout l'art prend la vie pour du lard ou du cochon, alors que la vie c'est pas du lard c'est du cochon, cochon auquel il manque le lard, mais l'art nous fait aimer le cochon, c'est ça l'essentiel, et l'essentiel est dans lactel, c’est ce qu’on m’avait dit une fois, on m’avait repris car j’avais parlé d’essentiel, et on m’avait rétorqué l’essentiel charles est dans lactel, on me l’avait encore bouclé un bon coup, comme aujourd’hui, aujourd’hui on me la boucle avec le présent, le présent est dans la flotte aujourd’hui, pourtant il fait beau, pourtant beau temps, beau temps pour marcher dans les allées pourtant, pendant cinq minutes je le croyais, je croyais que le monde allait bien puisque j’allais bien, et qu’il faisait beau, que c’était beau temps dans les allées, mais j’allais bien parce que ça va mal, ça va mal en les gens qui vont bien je me disais, il faudrait s’engueuler avec tous ceux qu’on croise, se fâcher avec une tonne de gens autour de soi, une bonne tonne, un tonneau avec des gens dedans qui débouleraient, et on se fâcherait, on serait rouge de colère, les gorges s'enfleraient, on s'enfilerait des rages, ça ferait enfler tout, on sentirait comme une fâcherie en nous, un truc qui monte, comme une montée d'adrénaline ouais, et ça pèterait dans les rues, j'engueulerais des tonnes de gens dans la rue, ou dans les bars, les cinémas, les endroits ouverts, ou fermés, partout des gens la gueule ouverte prête à mordre, mais c'est moi qui mordrai le plus, partout des gens qui seraient là bons qu'à être engueulés et mordus et pourquoi ? pourquoi faut se farcir l'engueulade à les gens maintenant tout de suite, pour leur dire que ce n'est plus possible de vivre à la mode d'eux, la mode d'eux est finie, la mode de quand c’est eux : bezeff, ils peuvent tous croire à ce qu'ils veulent et se raccrocher tant bien que mal à ce qu'ils veulent, comme à leur mode, ils peuvent ce qu'ils peuvent et s'accrochent tant bien que mal à la mode d'eux, ils veulent et ils peuvent, ils veulent du pouvoir et du vouloir, ce sont là des tentatives désespérées les gens, car c'est tentant de ne pas désespérer, mais tout est désespérant et il faut le siffler, il faut siffler la désespérance, c'est ça qu'il faut leur dire aux gens qu'on engueule pour la bonne cause, cause toujours plus tu causes plus je te ferai fermer la gueule face d'oignon, non ? non tu fermeras pas ta face d'oignon ? ta face de cul d'oignon prète à peler, toutes les peaux pelées de l'oignon non ? on leur crie ça dans l'oreille, on fait comme des bruits de porte qui grincent dans l'oreille, on nettoie la cervelle, on crie des chants animaux dans l'oreille des gens, il n'y a plus que ça à faire, il n'y a rien d'autre à faire, ras le bol des mots gentils à lire sur des bouts de papier, ras le bol de tous vos mots de gens concernés culturellement parlant, maintenant il faut gueuler dans l'oreille, c'est le concept de maintenant, c'est concépété pour maintenant, car maintenant est un temps en vacillement, car maintenant est un temps recouvert de la boue et dans la boue un os, ou quelque chose de dur, dans la boue de toute la mode de comment vivre, il y en a maintenant un qui ne dit rien de comment vivre, et qu'il faut vivre, il faut vivre le pas comment vivre, il faut vivre le je ne sais quoi qui est inscrit nulle part, nulle part en face, pas sur mon bureau, pas sur les problèmes qui arrivent, les problèmes de comment habiter, les problèmes de comment payer, et comment qu’on va faire pour payer, tous les problèmes de comment ça va faire dans un mois, ou deux, ou trois, dans trois on saura plus payer, dans trois mois la rue, dans trois mois ou moins, peut-être un mois dans la rue, un petit mois à attendre avant d'être à la rue et d'engueuler vraiment, la rue à moi et moi engueulant, et j'engueulerai les gens tant qu'ils me donnent rien, s'ils me donnent je cesserai, on me dira vous n'avez pas le droit d'engueuler les gens, il faut un badge, si vous voulez le badge c'est un gros badge blanc et vous pouvez faire votre boulot d'engueulant, mais ici tout est privé, la rue est privé, les espaces sont privés, les fauteuils tout, les bancs il n'y a plus de bancs, tu ne lis pas tes feuilles sur un banc car il n'y a pas de banc et par terre aussi c'est privé, tu ne t'assoies pas par terre, tout est privé, les briques, les affiches les devantures les néons les palliers les carreaux les cadres en métal sont privés, il te faut donc un badge. (...)
Le blog de Charles Pennequin

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